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La mode des pléiades se met à la BD

 
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mben99
Tintinophile

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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 22:41 (2016)    Sujet du message: La mode des pléiades se met à la BD Répondre en citant

Les bandes dessinées pour enfants de jadis font l’objet de rééditions de plus en plus exhaustives et érudites. Avec beaucoup de passion et une pointe de complexe vis-à-vis de la «grande» littérature…



Buck Danny dans la Pléiade? Sérieusement? Le vaillant aviateur qui a porté haut les valeurs américaines au long de dizaines d’aventures imaginées par Jean-Michel Charlier et dessinées par Victor Hubinon pendant trente ans, BD considérée avec mépris par ceux qui y voyaient une production de série destinée à des préadolescents fascinés par la chose militaire, rejoindrait le nec plus ultra de la littérature? Eh bien presque. Même si ça n’est pas tout à fait la Pléiade, le fait est que Buck Danny a désormais les honneurs d’une édition savante: le tome 11 de l’intégrale qui lui est consacrée chez Dupuis comprend une préface érudite de quatre-vingts pages, une douzaine de pages de documents annexes et pas moins de quatre-vingt-neuf notes de bas de page. L’appareil critique rédigé par le spécialiste Patrick Gaumer pour l’ensemble de l’intégrale comprend près de 500 pages…

Moins surprenant peut-être, vu la notoriété du personnage, mais impressionnant tout de même: l’ouvrage Hergé, feuilleton intégral, dont Casterman a lancé la publication, reproduit la totalité des bandes dessinées du père de Tintin telles qu’elles sont parues initialement dans la presse, accompagnées de tous les dessins qui y sont liés, couvertures, bandeaux, pages de relance, etc. Dans le deuxième volume, qui paraît en ce mois de mai 2016, les fans de Tintin peuvent découvrir la version originale de L’oreille cassée accompagnée des nombreuses, et superbes, couvertures du Petit Vingtième, la première version de l’aventure de Jo et Zette Le rayon du mystère telle qu’elle a été publiée en bichromie dans le magazine Cœurs vaillants, ainsi que les nombreux gags de Quick et Flupke parus pendant les années 1935 à 1937 passées en revue. Le tout accompagné de soixante-dix pages de savantes exégèses, magnifiquement imprimé, pour un prix à la hauteur: 80 euros le volume.

Ces deux exemples ne sont pas isolés: les rééditions «savantes» de BD fleurissent, avec à la clé un appareil critique aussi érudit qu’imposant et multitude de documents d’archives. La bande dessinée nous ferait-elle un «complexe Pléiade»?

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«La BD a eu longtemps tendance à être un art de l’immédiateté et à être assez amnésique», explique Benoît Mouchart, directeur éditorial chez Casterman et responsable de la collection Feuilleton intégral Hergé. Mais les choses sont en train de changer, «c’est important que chaque éditeur se penche sur son patrimoine et entretienne la mémoire» de la bande dessinée, ajoute-t-il. «Ça n’est que tout récemment que Dupuis a pris conscience qu’il avait un énorme patrimoine», confirme Bertrand Pissavy-Yvernault, auteur avec son épouse Christelle d’une monumentale Histoire de Spirou, tous deux étant simultanément en charge des éditions patrimoniales chez Dupuis. Le phénomène s’observe à des degrés divers chez tous les éditeurs disposant d’un fonds ancien–Le Lombard, Casterman, Dargaud, etc.– mais Dupuis met particulièrement l’accent sur cette activité, au point de sortir une dizaine de volumes d’intégrales en 2016: La Patrouille des Castors, Sophie, Les Tuniques bleues, Valhardi, Les Petits Hommes, Les Schtroumpfs, etc.
Rééditions de prestige pour public âgé et aisé

Si aucun éditeur, semble-t-il, n’a effectué d’étude marketing précise, tous constatent que les volumes de BD patrimoniales, issues le plus souvent des anciens magazines de bandes dessinées (Spirou pour Dupuis, Tintin pour Le Lombard, Pilote pour Dargaud), trouvent leur public. «Qu’il y ait une demande, les ventes tendent à le prouver, analyse Bertrand Pissavy-Yvernault, il s’est vendu 30.000 exemplaires de chaque volume de L’Intégrale Gil Jourdan (le détective du génial Maurice Tillieux), et nous sommes étonnés par le succès de L’Intégrale Tif et Tondu, au point qu’on va la refondre complètement.» Beaucoup d’intégrales approchent des 10.000 exemplaires, ce qui est considéré comme très honorable pour des séries anciennes. Quant au Feuilleton Tintin, il bénéficie d’un premier tirage de 12 ou 13.000 par titre, important là encore vu le coût des livres. Pour les éditeurs, la publication de ces gros volumes présente un autre avantage: alors que les libraires croulent sous les plus de 5.000 nouvelles BD publiées chaque année et ne peuvent stocker les fonds de catalogue, ces volumes regroupant plusieurs albums permettent de maintenir ces derniers dans les rayons.

Les bandes dessinées qui font l’objet de ces rééditions de prestige ont beau avoir été destinées à l’origine à un public enfantin, les «éditions savantes» d’aujourd’hui s’adressent à un public bien différent: âgé et aisé. Les acheteurs recherchent avec nostalgie les histoires lues dans leur enfance («il y a un côté petite madeleine», souligne Benoît Mouchart) et ont donc souvent 50 ans ou plus. En outre, le prix de ces gros livres suppose un certain pouvoir d’achat: à 24 euros la plupart des tomes, le passionné de Buck Danny doit débourser plus de 260 euros pour la série!

Les acheteurs recherchent avec nostalgie les histoires lues dans leur enfance

Pour ce prix, le lecteur «patrimonial» doit avoir la qualité. Première exigence: le terme «intégral» doit être pris au pied de la lettre. Non seulement toutes les histoires de la série concernée doivent être reproduites, bien sûr, mais les planches parues dans le magazine d’origine et non reprises ensuite en album sont traquées par les éditeurs. Un travail parfois important de restauration des images et des couleurs peut être mené à bien.

Deuxième impératif: l’ajout d’un important appareil critique permettant de comprendre le contexte de la BD concernée, la façon de travailler de ses auteurs, l’histoire du journal dans lequel elle a été publiée, etc. Une exigence apparue depuis quelques années: les «intégrales» publiées il y a quinze ou vingt ans se contentaient de relier ensemble trois ou quatre BD, sans ajout particulier.
«Un vrai travail d’historien»

C’est là qu’interviennent les spécialistes de l’enrichissement éditorial, qui se comptent sur les doigts d’une main. Pascal Gaumer, l’un des plus actifs, a réalisé les intégrales Buck Dany, Hugo, Simon du Fleuve, Les Tuniques bleues, Tanguy et Laverdure, etc. Un travail bien particulier, raconte-t-il: «Pour Buck Danny (et ses 500 pages d’appareil critique), j’ai eu carte blanche. C’est l’occasion de sortir plein d’éléments jamais vus.»

La méthode de travail consiste à partir, quand c’est encore possible, de rencontres avec les auteurs, ou encore avec leurs proches, ainsi que des publications d’origine. «À partir de là, on tire la pelote, explique-t-il, on enquête, on recoupe pour trouver les anecdotes sur les auteurs, les dessous de l’histoire. C’est un vrai travail d’historien.» L’enquête menée par Patrick Gaumer sur Hubinon, le dessinateur de Buck Danny, lui a par exemple permis de retrouver l’auberge de campagne où ce dernier a fait de longs séjours et a laissé différents tableaux demeurés inconnus jusque-là. De quoi nourrir ses préfaces de révélations propres à combler les aficionados. Et ces derniers sont exigeants. «On reçoit du courrier du genre: Hubinon a dessiné trois publicités pour une marque de margarine, elles ne sont pas dans l’intégrale, c’est une honte!» sourit l’auteur.

Simon du Fleuve. L’Intégrale, tome 1, page 27, avec l’aimable autorisation des éditions Le Lombard

Les interventions de l’historiographe de la BD lui permettent parfois d’exhumer de véritables trésors. Dans L’Intégrale Simon du Fleuve, BD post apocalyptique de Claude Auclair (dont le tome 1 est sorti au Lombard en octobre 2015 et le tome 2 en décembre 2015), Gaumer a pu faire inclure La ballade de Cheveu Rouge, la toute première histoire de la série qui n’était jamais parue en album. Ce récit étant inspiré d’un texte de Jean Giono, Gallimard, éditeur de ce dernier, s’était opposé, en 1973, à sa sortie en livre après la parution dans le journal Tintin. Quarante ans plus tard, les esprits ont bien évolué et Gallimard est devenu un éditeur de BD de premier plan en rachetant Casterman. Les objections sont tombées…

Réaliser de telles intégrales, avec les recherches que cela suppose, «c’est un travail de dingue», lance Gilles Ratier, autre intervenant majeur dans ce domaine, qui a consacré pas moins de sept fois soixante pages (très illustrées) à la présentation de La Patrouille des Castors, histoire scoute créée par Jean-Michel Charlier au scénario et Mitacq au dessin. Pour se lancer dans une telle aventure, trois conditions sont nécessaires, explique-t-il: «Bien connaître l’histoire de la bande dessinée en général; disposer d’une grosse documentation chez soi [Ratier a un grenier rempli de «toutes les BD depuis 1970»]; avoir un solide réseau de contacts susceptibles de fournir informations, scans de documents et autres.»

Troisième exigence pour une BD patrimoniale réussie: une «mise en scène» visuelle sophistiquée. C’est là qu’intervient Philippe Ghielmetti, graphiste de haut vol qui réalise les maquettes de toutes les intégrales des éditions Dupuis. Son approche, explique-t-il, c’est «de faire autre chose que juste trois BD reliées pour le prix de deux. Nos mises en page doivent pouvoir évoquer un catalogue d’exposition de Beaubourg». L’iconographie très riche de ces ouvrages patrimoniaux s’appuie autant que possible sur les archives du dessinateur. «Pour MiTacq, c’est fabuleux, raconte le graphiste, qui a également réalisé des reprises de grandes BD américaines pour des éditeurs outre-Atlantique, la famille a conservé les moindres croquis. J’ai huit ou dix projets pour une couverture d’album, les gouaches originales, ça permet de faire des séries de pleines pages de dessins et d’esquisses.»
Patrimoine du neuvième art

Exhaustivité de la matière publiée, appareil critique considérable, sophistication visuelle, la BD se prend-t-elle donc pour la Pléiade? C’est expressément le cas pour le Feuilleton Hergé publié par Casterman/Gallimard. Lors de la parution du premier volume, «Antoine Gallimard lui-même a dit qu’un auteur aussi incontournable qu’Hergé méritait les égards d’une sorte de Pléiade, rappelle Benoît Mouchart, nous avions d’ailleurs pensé à une formule s’inspirant directement de la Pléiade mais ça n’était pas possible». Même en dehors de la galaxie Gallimard, l’analogie avec la reine des collections littéraires est assumée. «C’est évident que nous cherchons à faire une Pléiade de la BD, explique Bertrand Pissavy-Yvernault, ça correspond bien à notre volonté de valoriser le fonds.» «Nous sommes totalement dans une démarche à la Pléiade, confirme Patrick Gaumer, les gens ont compris que, pour valoriser le patrimoine, il faut à la fois un fond solide, une forme élégante, une belle mise en page et des images qui font sens.»

Nos mises en page doivent pouvoir évoquer un catalogue d’exposition de Beaubourg

Philippe Ghielmetti, graphiste qui réalise les maquettes de toutes les intégrales des éditions Dupuis

Ne se pourrait-il pas, malgré tout, qu’une pointe de snobisme se glisse dans cette démarche, quelque chose comme le désir de montrer que la BD, après tout, c’est sérieux puisqu’on en fait des éditions érudites? «Peut-être, sourit Gilles Ratier, mais ce n’est pas en ces termes qu’on nous demande de travailler!» Bien sûr, concède Bertrand Pissavy-Yvernault, «il y a des lecteurs qui se moquent royalement de l’introduction» mais la richesse de la démarche est justifiée: après tout, remarque Philippe Ghielmetti, «on traite de l’histoire de la bande dessinée, on fait plus prétentieux que de la BD pure».

Et ce travail sur le patrimoine du neuvième art est loin d’être terminé: «il y a encore plein de choses à faire», affirme le graphiste qui évoque des récits parus dans Le Journal de Spirou «que personne ne connaît». La réédition sous forme «savante» d’œuvres anciennes ne va cependant pas toujours de soi: il faut parfois trouver un accord entre des éditeurs différents, quand il y en a eu plusieurs pour une même série, certains auteurs vivants refusent d’entrer dans une intégrale, y voyant la marque d’une série morte… Dans le cas, fréquent, des auteurs décédés, ce sont les ayants droit qui peuvent «mettre des bâtons dans les roues en ayant plein d’exigences, en voulant imposer une vision idyllique du travail de l’auteur, en faisant réécrire les textes», confie Gilles Ratier. Sans compter ceux qui refusent le principe des gros volumes, craignant que cela concurrence la vente des albums à l’unité.

En plein développement, l’édition patrimoniale de bande dessinée est confrontée à un problème plus fondamental: le manque d’intérêt des jeunes lecteurs pour ces séries anciennes. Bien sûr, Tintin est intemporel («il a des lecteurs très jeunes qui sont fanatiques» et s’intéressent au contexte des premières publications, souligne Benoît Mouchart) et des auteurs comme Franquin ou plus récemment Tillieux trouvent de nouveaux fans. Mais ce n’est pas le cas de toutes les séries du fonds. «À 90%, les acheteurs d’intégrales ont lu la BD dans leur jeunesse, les nouvelles générations ne s’y intéressent pas», estime Gilles Ratier. Et comme selon lui le travail d’enrichissement éditorial est étroitement lié aux publications d’origine dans les journaux, ce qui ne pourra se reproduire pour les nouvelles séries publiées directement en albums, l’essentiel est de «donner aux gens que le patrimoine intéresse ce qui peut leur plaire –tant qu’ils sont encore vivants».

Source Slate.fr
article de Patrick de Jacquelot

http://www.slate.fr/story/118441/bande-dessinee-pleiade


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